
Jean, Augustin, Valentin naît le 10 septembre 1907 à Notre-Dame-de-Bondeville (Seine-Maritime [1] - 76).
Au moment de son arrestation, il est domicilié au 68, rue des Prévoyants au Grand-Quevilly (76), au sud-ouest de l’agglomération de Rouen, dans la boucle de la Seine. Il est marié, sans enfant.
Jean Valentin est ouvrier de la chimie à l’usine Saint-Gobain.
Communiste et syndicaliste, il participe « aux mouvements de grève de 1936 et 1938 ».
Sous l’occupation, il reste actif au sein du parti communiste clandestin.
Le 22 mars 1941, des gendarmes français de la brigade de Grand-Couronne l’arrêtent, en même temps que Maurice Guillot, « pour distribution de tracts anti-allemands » sur le marché de Bourg-Achard (Eure - 27), à 20 km de Rouen.

Le 31 mars, un inspecteur principal adresse au commissaire divisionnaire de police spéciale de Rouen un rapport sur l’ « Activité communiste dans le canton de Grand-Couronne », selon lequel ce parti, « un des plus importants et des mieux organisés n’a de cesse, malgré sa dissolution, son son activité clandestine dans les localités de Petit-Quevilly, Grand-Quevilly, Petit-Couronne et Grand-Couronne ». Parmi les éléments communistes désignés, un chapitre concerne Jean Valentin et Maurice Guillot « arrêté[s] ces jours derniers ».
Le 18 avril, un tribunal français condamne Jean Valentin à un an de prison.
À une date restant à préciser, il est remis aux “autorités d’occupation” à leur demande et transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne [2] (Oise - 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 - Polizeihaftlager).
Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.
Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.
Le 8 juillet 1942, Jean Valentin est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46166. La photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée.
Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.
Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.
Le 13 juillet - après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau - Jean Valentin est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” . Les conditions y sont plus meurtrières.
Il meurt à Birkenau à une date inconnue : l’état civil français l’a déclaré décédé à la date du 15 octobre 1942.
Il a été déclaré “Mort pour la France” le 30 janvier 1947 et homologué comme “Déporté politique” (n° 1176 0865 - le 10 avril 1963).
La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 23-06-2001).
Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 375 et 422.
Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Basse-Normandie (2000), citant : Liste établie par Louis Jouvin, rescapé, en 1972 - Liste établie par la CGT, p. 10 - Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen.
Louis Eudier (45523), listes à la fin de son livre Notre combat de classe et de patriotes (1939-1945), imprimerie Duboc, Le Havre, sans date (1977 ?).
Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, S.-I. n° 49.
Catherine Voranger, petit-fille de Louis Jouvin, message 04-2013, copie d’un rapport de police ayant été conservé par Louis Jouvin.
MÉMOIRE VIVE
(dernière mise à jour, le 5-04-2013)
Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).
En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.
[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.
[2] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève - comme dans les autres camps et prisons de zone occupée - des otages à fusiller. A partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp “C” est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transférés au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis - 93).