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Motion adoptée lors de l’AG de 2009

En cette période de commémoration de la chute du mur de Berlin, il est de bon ton de citer le néoconservateur américain, F. Fukuyama, : « c’est la fin de l’histoire » et de la réécrire à sa manière. Qui voit-on ressurgir, les Nolte, Furet, Courtois et bien d’autres d’une certaine droite, pour ne pas dire une droite extrême, nous ressortir leur parallèle honteux et dangereux entre l’URSS et le régime nazi, ce qui revient, quoi qu’on pense du régime soviétique, à mettre sur le même plan le goulag et Auschwitz-Birkenau. Il est grand temps d’arrêter ces amalgames et de reconnaître chaque situation historique pour ce qu’elle est. En effet, l’Allemagne est contrainte par l’histoire d’assumer la période nazie, mais revendique le droit de se poser en victime de l’après-guerre qui a vu s’installer un régime communiste en Allemagne de l’Est. Ainsi la juxtaposition des mémoires relativiserait la responsabilité première du nazisme. Nous ne saurions faire preuve d’amnésie envers ce que représente le nazisme, cette idéologie criminelle et destructive, au racisme exacerbé. Hitler, les nazis, « leurs complices français » et tout un appareil d’état, affirment que certains hommes étaient de race supérieure, au nom de cette doctrine, ils se sont rendus coupables, avec préméditation, de l’élimination de toute opposition, de la mise en place du système concentrationnaire, du massacre de populations civiles sans défense et d’un véritable génocide à l’encontre des Juifs et des Tziganes. Nous devons être vigilants, car focaliser la criminalité nazie sur le seul génocide des juifs évacue la responsabilité du III Reich qui dans ce tout répressif internait dans ce système concentrationnaire les opposants au régime, les ennemis de cette Allemagne, les Résistants et les races prétendument inférieures. Sacraliser, ériger en religion la mémoire communautariste d’Auschwitz, conduit à exclure des victimes. À accepter cette vision de l’histoire, c’est la déportation de répression qui disparaît et ces femmes et ces hommes déportés pour d’autres motifs que « raciaux », ne seraient plus que des victimes de guerre, ne les tuons pas une deuxième fois. Ce parallèle scandaleux entre nazisme et communisme occulte la détermination avec laquelle les Communistes et bien d’autres se sont battus, au prix d’énormes sacrifices, pour éradiquer le nazisme et ses affidés. Cette manière de réécrire l’histoire a sa raison politique, tout simplement pour affirmer que l’émancipation de l’Homme n’est possible que dans le système capitaliste. Si on ne peut que condamner le déficit de démocratie qui a prévalu au sein du bloc soviétique, la chute du mur de Berlin et la désintégration du système soviétique n’a pas rendu le monde meilleur. Au contraire, il a permis au capitalisme et à ses forces les plus rétrogrades, la reprise en main totale de la situation et leurs agissements antisociaux et antihumains. Les idéologues et militants de la fin du communisme avaient promis un monde libre. Vingt ans après quel constat ? Le monde est hérissé de murs, celui de l’argent qui sépare de plus en plus les hommes et empêche l’accès de tous à leurs droits fondamentaux, un mur de la honte qui isole la Palestine du reste du monde et bien d’autres encore alors que les guerres, les conflits ne cessent de se développer (Afghanistan, ex Yougoslavie, l’Afrique, l’Irak, …). C’est pour tous ces motifs et ces raisons que nous dénonçons cette volonté de juxtaposer deux mémoires et n’acceptons pas l’amalgame nazisme = communiste. Cette volonté de réécrire l’histoire est tout aussi présente en France. C’est ainsi que certains politiques estiment que notre histoire doit s’écrire au Parlement (proposition de loi sur le rôle positif de la colonisation, modification des dates de commémorations, l’identité nationale…). Ne voit-on pas le Président de la République imposer la lecture de la dernière lettre de Guy Môquet dans nos écoles, sans aucune explication sur son engagement et la responsabilité de Vichy dans son arrestation, son incarcération et son exécution. Il commémore les fusillés de la cascade du Bois de Boulogne, les massacrés du Plateau des Glières, tout en citant Maurice Barrès, chantre et guide intellectuel du mouvement nationaliste. Dans ses discours, il se réfère aussi bien à Jaurès qu’aux valeurs de la terre, du travail et de l’identité nationale. Lors d’un dîner annuel du CRIF, il décide que chaque élève de CM2 devra porter la mémoire d’un enfant juif durant l’année scolaire. Devant le tollé général des pédagogues, des psychologues scolaires, de certains représentants des corps constitués juifs de France, dont Simone Veil, il retire cette proposition. Mais surtout il ne recule pas et demande à un groupe de travail de réfléchir à l’enseignement de la Shoah. Ce groupe est dirigé par Mme Hélène Waysbord-Loing, inspectrice générale de l’Education Nationale et Présidente de l’association de la Maison d’Izieu ; sont conviés à ces travaux Serge Klarsfeld, Président de l’Association des Fils et des Filles de Déportés Juifs de France, Claude Lanzmann, Anne Rothschild, responsable pédagogique du musée d’art et d’histoire du judaïsme, Philippe Joutard, historien, conseiller de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et les inspecteurs généraux d’histoire Philippe Claus, Joëlle Dusseau et Jean-Pierre Lauby, inspecteur pédagogique de Paris. Il est à noter que la Fondation pour la Mémoire de la Dépor-tation n’a pas été consultée sur le contenu final du document adressé aux enseignants, ni même citée en tant qu’institution de mémoire. Le 5 décembre 2008, Xavier Darcos présentait, lors d’une visite au musée de la Shoah, les nouveaux outils pédagogiques pour l’enseignement de la Shoah aux élèves de CM2. Il semble nécessaire de faire le point sur les mots utilisés. En effet, la Shoah est un terme religieux qui vient de l’Hébreu, l’holocauste est un sacrifice religieux. Pourquoi ne pas avoir utilisé le terme retenu par l’ONU depuis 1948 : génocide ? Suite à la parution des documents pédagogiques et à la circulaire du ministère de l’Éducation, de nombreuses voix se sont élevées, pour préciser que la scolarité du primaire n’est pas propice à une compréhension des idéologies comme le nazisme. En effet comment comprendre cette soudaine apparition d’une violence incompréhensible, alors qu’il est fait abstraction de la montée de l’extrême droite en Europe, des fronts populaires espagnol et français et qu’il n’est fait aucune mention de la Résistance. De plus, il apparaît que cette décision risque d’attiser la concurrence mémorielle. La commémoration imposée des victimes juives risque d’être interprétée comme une analyse unique de l’histoire par ceux qui considèrent que la société française ne leur donne pas la place à laquelle ils aspirèrent. Désormais chaque groupe qui a souffert d’oppression, de tueries, de massacres peut exiger de faire porter le poids du passé aux écoliers (descendants d’esclaves, victimes du génocide arménien, descendants des victimes des guerres coloniales et bien d’autres). Il faut rappeler qu’une des exigences minimalistes de l’Éducation est l’exhaustivité des savoirs et des informations transmises. C’est pourquoi dans la perspective d’une éducation à la tolérance, au respect de l’autre, chaque oubli est choquant, car dans le racisme, comme dans le communautarisme, il est plus facile d’ignorer que de confronter les idées. C’est pour toutes ces raisons que Mémoire Vive s’inscrit et s’engage aux côtés de toutes les Associations de Mémoires ainsi qu’aux côtés des chercheurs et professeurs d’histoire pour dénoncer l’intrusion de l’état dans la définition de notre histoire. Nous n’admettrons jamais la révision d’où qu’elle vienne.