
Élie, Jean, Gaudefroy naît le 12 décembre 1892 à Paris 10e (75).
De la classe 1912, il est incorporé le 8 octobre 1913 au 46e régiment d’artillerie pour y effectuer son service militaire comme soldat de 2e classe. Mais la guerre le rattrape et il n’est démobilisé que le 25 août 1919.
Le 17 avril 1920 à Paris 20e, Élie Gaudefroy se marie avec Berthe Rafflé. Ils n’auront pas d’enfant.
Pendant un temps, il travaille comme biseauteur. Il habite alors au 10, rue de Buzenval à Paris 20e.
Le 6 novembre 1927, Élie Gaudefroy entre à la STCRP (Société des transports en commun de la région parisienne, réseau de surface intégré à la RATP après la Libération [1]), comme receveur d’autobus au dépôt des Lilas (recalé à l’examen d’aptitude de machiniste). Le 27 août 1928, il est muté au dépôt de Lagny.
Son épouse décède le 20 avril 1932.
À partir d’avril 1936 et jusqu’à son arrestation, Élie Gaudefroy est domicilié au 3-5, place Émile-Landrin à Paris 20e, à l’extrémité de la rue des Noues.
Le 18 décembre 1937 à Paris 20e, il se remarie avec Jeanne Hebert.
Le 10 octobre 1940, Élie Gaudefroy est révoqué de son emploi à STCRP. Il est probable que ce soit le jour de son arrestation par la police française pour distribution de tracts communistes
Le 12 octobre, il est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e). Avec son épouse et quatre autres militants, ils sont inculpés d’infraction au décret du 26 septembre 1939.

Le 2 décembre, ils comparaissent devant la 12e chambre du tribunal correctionnel de la Seine. Élie Gaudefroy est condamné à quatre mois d’emprisonnement. Lui et son épouse se pourvoient en appel auprès du procureur de la République. Le 14 décembre, Élie Gaudefroy est écroué à la Maison d’arrêt de Fresnes (94).
À l’expiration de sa peine, il n’est pas libéré : le 25 janvier 1941, le préfet de police de Paris « fait connaître » au président du Conseil d’administration de la STCRP qu’il a « fait application du décret du 18-09-1939 à » Élie Gaudefroy.
Le 17 janvier, celui-ci fait partie des 24 militants communistes conduits au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise - 95), créé en octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

Le 3 février, il en est extrait par des agents de la préfecture de police de Paris ; peut-être conduit au dépôt ou à la Santé pour son jugement en appel… Le 26 février, il est ramené à Aincourt.
Dans la même période, alors que les autorités françaises envisagent le transfert de 400 détenus d’Aincourt vers « un camp stationné en Afrique du Nord », le docteur du centre dresse trois listes d’internés inaptes. Élie Gaudefroy, 49 ans, figure sur celle des internés « non susceptibles absolus » en raison d’une pleurésie pulmonaire, probablement avec des traces de tuberculose (« BK+ »).
Le 4 mars 1941, de docteur Étienne, médecin du camp, remet au commandant qui le dirige un compte-rendu de l’état sanitaire général du CSS dans lequel il signale, entre autre, plusieurs internés atteints de « tuberculose pulmonaire radiologiquement confirmée (radioscopie, radiographie, examen des crachats). Leur état s’est aggravé malgré un repos total à l’infirmerie, et ils ne pourront longtemps supporter l’internement ».
Le 6 septembre 1941, Élie Gaudefroy est parmi les 150 détenus d’Aincourt (dont 106 de la Seine) transférés au camp français (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne - 86) pour l’ouverture de celui-ci.

Le 22 mai 1942, Élie Gaudefroy fait partie d’un groupe de 156 internés - dont 125 seront déportés avec lui - remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduit au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise - 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 - Polizeihaftlager).
Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).
Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.
Le 8 juillet 1942, Élie Gaudefroy est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45575 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [2]).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.
Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.
Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.
Le 13 juillet - après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau - la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Élie Gaudefroy.
Il meurt à Auschwitz le 16 septembre 1942, d’après les registres du camp.
Il est homologué comme “Déporté politique”.
Son nom est inscrit sur la plaque portant l’hommage du « personnel du dépôt de Lagny aux agents des dépôts (Lagny, Saint-Mandé, Bastille) morts pour la France » inaugurée le 25 août 1946 au centre bus Lagny ; y figure également Victor Jardin, de Maisons-Alfort.
Son nom (orthographié « GANDEFROY Elz ») et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60.
Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 372 et 411.
Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002), citant : Liste des déportés présents au Revier (“infirmerie”) d’Auschwitz.
Archives de Paris, site internet, archives en ligne, extrait du registre des naissances du 10e arrondissement à la date du 14-12-1892 (registre V4E 6344, acte n° 6187, vue 13/31).
Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 15 novembre 1940 au 20 janvier 1941, cote D1u6-5851.
Archives de la RATP, Paris, dossier individuel.
Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 2114 (communistes fonctionnaires internés…) ; BA 2374 (camps d’internement…) ; BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941).
Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1W71, 1W76, 1w76.
Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 84.
Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé).
Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 372, (21291/1942), « Gondefroy ».
Noël Gérôme, Le Deuil en hommage, monuments et plaques commémoratives de la RATP, Creaphis 1995, pages 88-89.
MÉMOIRE VIVE
(dernière mise à jour, le 20-09-2012)
Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).
En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.
[1] STCRP-CMP-RATP : Le 1er janvier 1942, le Conseil des Transports Parisiens, émanation du gouvernement de Vichy, impose la gestion par la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP) du réseau de surface - les bus - précédemment exploité par la Société des transports en commun de la région parisienne (STCRP), fusion de fait d’entreprises privées qui prélude la gestion des transports parisiens par un exploitant unique.
La loi du 21 mars 1948 crée l’Office Régional des Transports Parisiens, nouvelle autorité de tutelle du réseau, et la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP), établissement public à caractère industriel et commercial, qui se voit chargée de l’exploitation des réseaux de transport publics souterrains et de surface de Paris et de sa banlieue. (source Wikipedia)
[2] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue (son nom orthographié « Godefroy ») par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin Après Auschwitz, n°21 de mai-juin 1948).