
Lucien Saintive naît le 18 novembre 1910 à Paris 5e (75), fils de Charles Saintive et Céline Buignet.
Le 26 novembre 1932 à Paris 13e, Lucien Saintive se marie avec Adrienne Mignot. Ils auront un fils, âgé de sept ans en février 1941.
Au moment de son arrestation, Lucien Saintive est domicilié au 98 bis, rue Bobillot à Paris 13e (vers la place de Rungis).
Il est ouvrier métallurgiste, perceur aléseur. Vers 1936, il est embauché à l’Omnium Industrielle Métallurgique, sise au 53, rue Auguste-Lançon, à Paris 13e ; à proximité de son domicile.
C’est un militant communiste.
Le 24 août 1939, une semaine avant l’invasion de la Pologne par l’armée du Reich nazi, Lucien Saintive est mobilisé. Le 25 octobre, il est renvoyé travailler comme « affecté spécial » dans son entreprise qui produit probablement pour l’industrie de guerre.
Le 31 août 1940, il est arrêté comme « communiste actif, distributeur de tracts » et écroué la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e). Soit la peine d’emprisonnement prononcée par un tribunal est courte (deux mois…), soit l’inculpation est abandonnée sans qu’il soit libéré.
En effet, le 9 novembre 1940, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif et ce sont des agents du commissariat de Maison-Blanche qui l’interpellent. Le jour même, il est conduit au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise - 95), créé en octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt. Il y est enregistré parmi 66 suspects d’activité communiste de la Seine.

Il est assigné au dortoir des jeunes (DJ).
Le 6 mars 1941, sur le formulaire de « Révision trimestrielle du dossier » de Lucien Saintive, à la rubrique « Avis sur l’éventualité d’une mesure de libération », le commissaire spécial, directeur du camp, donne un avis défavorable en s’appuyant sur le simple constat que cet interné « suit les directives du parti communiste », et malgré qu’il lui reconnaisse une « attitude correcte ».
Le 4 avril, puis le 31 mai, Adrienne Saintive écrit au préfet de Seine-et-Oise afin de solliciter une autorisation de visite pour elle et son fils.
Le 6 septembre 1941, Lucien Saintive fait partie des 150 détenus d’Aincourt (dont 106 de la Seine) transférés au camp français (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne - 86), pour l’ouverture de celui-ci.

Le 22 mai 1942, il fait partie d’un groupe de 148 internés de Rouillé (pour la plupart déportés avec lui) remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise - 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 - Polizeihaftlager).
Entre fin avril et fin juin 1942, Lucien Saintive est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).
Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.
Le 8 juillet 1942, Lucien Saintive est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 46087, selon les listes reconstituées (la photo d’immatriculation correspondant à ce matricule n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.
Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet - après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau - Lucien Saintive est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).
On ignore la date exacte de sa mort à Auschwitz ; probablement avant la mi-mars 1943. Il est pris dans une sélection des « inaptes au travail ». Georges Dudal, rescapé du convoi, témoigne l’avoir vu partir pour la chambre à gaz [1].

Lucien Saintive est homologué comme “Déporté politique”.
La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 18-04-1998).
Une plaque, disparue lors de la rénovation du quartier, avait été apposée au 113, rue Nationale (à l’entrée de la place Nationale) ; M. Cottard, historien de l’arrondissement, l’avait recensée.
Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 150 et 153, 372 et 419.
Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002), citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier central) - M. Cottard, Revue d’Histoire du 14e, n°29 de février 1989, p.71 - Mairie du 14e - Témoignage de Georges Dudal.
Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “Occupation allemande” : BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941).
Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1w74 (révision trimestrielle), 1w76, 1w152 (dossier individuel).
Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 166.
Comité du 13e arrondissement de l’ANACR, La résistance dans le treizième arrondissement de Paris, imprimé par l’École Estienne en 1977, page 85.
MÉMOIRE VIVE
(dernière mise à jour, le 23-02-2013)
Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).
En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.
[1] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme « inaptes au travail » (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.