
Robert Daune naît le 1er août 1910 à Brevilly (Ardennes - 08), fils de Georges Daune et de Marie Penoy, domiciliés à Mont-Saint-Martin.
Le 16 mars 1935 à Longwy, Robert Daune épouse Yvonne Burnay.
Au moment de son arrestation, il est domicilié au 2, avenue de Saintignon à Longwy (Meurthe-et-Moselle - 54).
Il est ajusteur-mécanicien à la Société lorraine électrique.
Le 21 octobre 1941, il est arrêté par les « autorités allemandes ». Le 23 octobre, le préfet signe un arrêté d’internement administratif pour « menées communistes » et Robert Daune est conduit au centre de séjour surveillé d’Écrouves, près de Toul (54).
Dans la nuit du 4 au 5 février 1942, un groupe de résistance communiste mène une action de sabotage contre le transformateur électrique de l’usine sidérurgique d’Auboué qui alimente également dix-sept mines de fer du Pays de Briey. Visant une des sources d’acier de l’industrie de guerre allemande (Hitler lui-même s’en préoccupe), l’opération déclenche dans le département plusieurs vagues d’arrestations pour enquête et représailles qui concerneront des dizaines de futurs “45000”.
Le nom de Robert Daune figure en premier sur une « liste communiquée le 19 (février ?) au soir à la KK (Kreiskommandantur) de Briey par le sous-préfet » pour préciser la nationalité de cinquante-trois hommes du secteur.
Le 5 mars, Robert Daune est parmi les trente-neuf détenus d’Écrouves transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise - 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 - Polizeihaftlager).

Aussitôt, le sous-préfet de Briey intervient auprès du préfet de Meurthe-et-Moselle pour qu’au moins sept d’entre eux, dont Robert Daune, ne soient pas considérés comme otages.
Entre fin avril et fin juin 1942, celui-ci est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).
Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.
Le 8 juillet 1942, Robert Daune est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45427 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard).
Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.
Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau - secteur B-Ib - où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.
Le 13 juillet - après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau - Robert Daune est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).
Pris dans une sélection, il attend devant l’infirmerie, avec d’autre détenus, d’être conduit à la chambre à gaz. Épuisé, il s’évanouit devant la porte. Celle-ci s’ouvre discrètement et il est tiré à l’intérieur. Soigné clandestinement, il y reste caché après sa guérison. Ses camarades le dissimulant à chaque inspection, l’administration fini par le considérer comme mort (un acte de décès est établi à la date du 28 septembre 1942).
En août 1943, lorsque les SS viennent chercher André Faudry et Georges Marin, respectivement gardien de nuit et coiffeur à l’infirmerie, pour les conduire en quarantaine au Block 11 d’Auschwitz-I, ceux-ci révèlent la présence de Robert Daune, qui retrouve ce jour-là une existence légale et est ramené avec eux (la décision du Tribunal cantonal de Bielitz annulant la mention de son décès est datée du 2 octobre 1943).
À la mi-août 1943, Robert Daune est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage du Block 11 - la prison du camp - pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, - qui découvre leur présence - et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.
Le 3 août 1944, Robert Daune est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine” en préalable à un transfert (selon Claudine Cardon-Hamet).
Le 7 septembre, il est dans le petit groupe de trente “45000” transférés - dans un wagon de voyageurs ! - au KL Gross-Rosen, dans la région de Wroclaw (matr. 40989).
En février, il est parmi les quinze “45000” pris dans des colonnes de détenus évacuées vers le complexe concentrationnaire de Dora-Mittelbau et répartis dans différents Kommandos. Avec, Georges Gallot, Robert Daune est affecté à Dora-Harzungen.
Le 11 avril 1945, Dora est évacué. Maurice Courteaux et Robert Daune sont dans des colonnes dirigées à marche forcée vers Hambourg. Maurice Courteaux s’évade en route, mais Robert Daune est conduit jusqu’à Bergen-Belsen (probablement au sous-camp dit « de la caserne ») où il est libéré le 15 avril.
Robert Daune décède le 27 août 1986.
Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 74, 224 et 225, 350 à 352, 358, 367 et 400.
Cl. Cardon-Hamet, Mille otages pour Auschwitz, Le convoi du 6 juillet 1942 dit des “45000”, éditions Graphein, Paris nov. 2000, page 117.
Archives Départementales de Meurthe-et-Moselle, Nancy, cote W1304/23 et WM 312 ; fiches du centre de séjour surveillé d’Écrouves (ordre 927 W) ; recherches de Daniel et Jean-Marie Dusselier.
Raymond Montégut (45892), Arbeit macht Frei, Éditions du Paroi (imprimeur), juin 1973, Recloses, Ury (77), pages 180-181.
MÉMOIRE VIVE
(dernière mise à jour, le 10-02-2011)
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En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.